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Pourquoi les consultations externes sont un facteur de déficit hospitalier

Pourquoi les consultations externes sont un facteur de déficit hospitalier

 
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Grand public et décideurs hospitaliers ne s’en rendent pas toujours compte, mais une part importante et croissante des consultations externes est réalisée au sein même des établissements publics ou à but non lucratif. Ainsi, en 2016[1], ce ne sont pas moins de 34,9 millions de consultations qui ont été faites par des médecins hospitaliers, auxquelles s’ajoutent des actes techniques externes (près de 26 millions) produits par ces mêmes professionnels. Les professionnels soignants non médicaux apportent aussi leur contribution à cette activité ambulatoire au sens le plus premier du terme, avec, par exemple, 5,8 millions de consultations et d’actes réalisées par des sages-femmes en milieu hospitalier public en 2016, et 10,1 millions produits par d’autres profils soignants.
Ces chiffres, issus de la Statistique Annuelle des Etablissements (SAE), peuvent finalement se résumer en deux temps : d’abord, près d’une consultation médicale sur 10 enregistrée en France a été réalisée dans un établissement public ou assimilé. Par ailleurs, avec 76,6 millions de consultations et d’actes externes en 2016, ce sont finalement et en moyenne journalière (ouvrable) 306 000 patients qui ont été pris en charge dans un hôpital ou un établissement à but non lucratif, pour bénéficier d’une consultation ou d’un acte externe. Au quotidien, l’équivalent d’une ville comme Nantes, donc…
 
Cette introduction très chiffrée se veut percutante car le thème de l’activité externe hospitalière fait partie de nos sujets d’études, de réflexion et d’investigation depuis de nombreuses années. En premier lieu, parce que la notion « marketisée » de « virage ambulatoire », de façon consciente ou non, fait écho à ces transformations dans la prise en charge des patients : pathologies qui se chronicisent, diminution – expliquée, légitime et irréversible – des durées d’hospitalisation, la consultation externe représente plus que jamais un moment plein et entier dans le parcours de soin et de suivi du patient. Les prises en charge (et c’est une évidence pourtant pas si simple à organiser), voient l’intervention ponctuelle de professionnels, aux profils experts et spécialisés, tout autant que le recours à des plateaux techniques toujours plus pointus (en imagerie, en explorations fonctionnelles etc...), mais pour lesquelles le patient n’a pas besoin d’être hospitalisé et qui peuvent être conduites en quelques heures.
 
Le développement, la complexification et la multiplication des activités externes nous parait inéluctable : tant les statistiques publiées par l’Assurance-Maladie (qui rembourse au tarif conventionnel ces actes aux établissements qui les produisent) que par les établissements eux-mêmes, presqu’en parallèle des passages enregistrés dans les services d’urgence, les consultations hospitalières suivent des courbes ascendantes, particulièrement sur cette dernière décennie.
 
Pourtant, voire paradoxalement, les consultations et actes externes expliquent une partie importante des difficultés économiques des établissements publics, alors même que ces derniers ne les jugent pas comme tels (nous reviendrons plus avant et de façon chiffré sur « la vitrine », terme souvent évoqué par les responsables hospitaliers lorsqu’on parle des consultations externes).
L’objet de ce post est d’expliquer, de façon analytique, les raisons de la contribution majeure des consultations externes au déficit comptable des hôpitaux et établissements privés à but non lucratif, du fait d’un coût largement supérieur au tarif, pour une prise de conscience, sans jugement ni critique, préliminaire indispensable à toute réflexion et voie d’amélioration.
 
 

Quelques rappels méthodologiques sur le calcul des coûts en général et des retraitements comptables hospitaliers en particulier

 
Depuis la fin des années 1990, les établissements publics et privés à but non lucratif français doivent transmettre annuellement des données de comptabilité analytique. Ce dispositif, appelé « Retraitements Comptables » ou « RTC » est très normé est encadré par des guides méthodologiques et des outils de contrôles et de validation.
 
 
Outre les utilisations internes et externes (dans le cadre des relations entre établissements et tutelles), les données consolidées, avec un niveau de détail cependant possible, sont mises à disposition librement sur le site de l’Agence Technique de l’Information sur l’Hospitalisation (ATIH). Le cadre, revu et explicité par le Ministère de la Santé en 2008, rappelle que [1]  :
 
 
« Le retraitement comptable (RTC) est un outil de comptabilité analytique renseigné annuellement par les établissements publics et privés à but non lucratif, financés à l’activité ou par dotation.
 
Il couvre l’ensemble des soins hospitaliers : médecine, chirurgie, obstétrique (MCO), soins de suite et de réadaptation (SSR), hospitalisation à domicile (HAD), psychiatrie (PSY).
La méthodologie de recueil est définie dans le cadre d’un groupe de travail composé de représentants des ARS, des établissements de santé et de la DGOS. Toutes les évolutions sont validées en comité technique et COPIL ENC-RTC.
 
A l’issue de la phase de recueil, les données validées par les ARS sont agrégées au niveau national pour construire un référentiel de coûts des unités d’oeuvre (UO). Cette restitution de ScanSanté permet :
 
- de connaître le coût moyen d’une unité d’œuvre pour les établissements ayant certaines caractéristiques (catégorie, taille, type d’activité, équipements), sa décomposition par type de charges, le nombre d’unités d’œuvre produites par effectif temps plein rémunéré (ETPR),
- de positionner les coûts d’un établissement ou d’un panier d’établissements par rapport à un coût de référence et, en cas d’écart, d’expliquer quel poste de coût en est la cause. »
 
 
Ce dispositif, dont la réalisation en interne s’avère souvent délicate, voire fastidieuse, mais pourtant stratégique, présente de nombreux intérêts. Pour apprécier cela, il nous faut éclaircir son déroulement et ses modalités. Ainsi, partant des données validées des comptes financiers annuels, l’idée est de répartir l’ensemble des charges d’exploitation entre les principales activités produites par chaque établissement. Le RTC permet ainsi de calculer, de façon graduée et précise, le coût complet d’activités que nous qualifions volontiers de « cœur de métier ». Il s’agit principalement des secteurs d’hospitalisations (court séjour MCO, SSR, psychiatrie), des consultations et actes externes, de missions spécifiques ou d’intérêt général. Dans la terminologie du RTC, ces services sont appelés « Fonctions Cliniques Principales / Définitives ».
 
 
D’un point de vue conceptuel, les Retraitements Comptables reposent sur des choix bien clairs : il s’agit de calculer in fine le coût complet des objets de coût « Fonctions cliniques principales », en distinguant les charges directes et les charges indirectes, à partir des données réelles historiques (on travaille en général sur l’exercice N-1) contenues dans les systèmes d’information des établissements publics.
 
Ainsi, ces activités se voient affecter :
• la totalité de leurs charges directes (personnel, dépenses médicales, ...)
• une partie des charges des services médico-techniques et logistiques (générale, médicales et charges de structure). Les unités d’œuvre ou clés de ventilation utilisées pour répartir ces charges entre les activités cliniques sont définies dans le guide méthodologique.
 
 

120 €, coût moyen unitaire d’une consultation hospitalière en 2015

 
En 2015, 1 230 établissements publics et assimilés ont vu leurs retraitements comptables validés et consolidés par l’ATIH. Parmi eux, 506 ont « correctement » évalué (c’est-à-dire dans le respect du guide méthodologique de comptabilité analytique et après contrôles) le coût de leurs consultations et actes externes.
 
La totalité des résultats consolidés, puis détaillés, avec les notions de moyenne, médiane, 1er et 3ème  quartiles, sont entièrement lisibles sur ScanSanté[1].
 
 
Ainsi, le coût complet moyen sur cet ensemble (et nous ne sommes pas en train de dire qu’il est « trop » important, ne jugeant pas du contenu des consultations et de la façon dont elles sont réalisées et adoptant une posture de « simple » constat) s’établit à 120,28 €.
 
 
 
 
Nous avons retravaillé ce tableau important, pour proposer une présentation plus analytique et descriptive :
 
 
Ainsi, les charges directement affectables aux consultations et actes externes représentent moins d’un tiers des dépenses. Les rémunérations directes des médecins (14%, soit 17 €), et des professionnels non médicaux (14 %, soit 17 € également) expliquent l’essentiel de ces charges. Les consultations et actes externes nécessitent peu de consommables ou médicaments (2 %, soit 2 € par acte). On notera au passage que le coût direct de près de 35 € est donc déjà supérieur au tarif conventionnel le plus souvent applicable en 2015 (23 € par consultation étant un tarif souvent facturé par les établissements).
 
L’approche des charges indirectes permet de comprendre et de percevoir l’impact du lieu même et des modalités par lesquelles sont produits ces actes et consultations hospitaliers.
Ainsi, rappelant que l’ensemble des dépenses doivent être imputées sur toutes les activités, les consultations externes se voient affecter une partie de charges indirectes, telles que le recours à des plateaux techniques pour la réalisation d’actes complémentaires (type laboratoire ou imagerie, pour un coût moyen de 56 € par acte ou consultation, soit 47%). Dans ce cas précis, des recettes complémentaires peuvent être facturées, aux tarifs conventionnels, en addition du tarif de l’acte ou de la consultation.
Ces activités externes bénéficient, finalement et par ailleurs, de l’ensemble de la structure hospitalière de l’établissement, et c’est pourquoi des charges de logistique médicale (services de pharmacie, d’hygiène, biomédical…, pour 0,7 € en moyenne par consultation, soit 1 %), de logistique et gestion générale (personnels et fournitures des bureaux des entrées ou des services administratifs dédiés aux patients; prestations de nettoyage et d’entretien des locaux des consultations ; applications, matériels et maintenance informatique consacrés aux externes ; quote-part des services administratifs et RH pour la gestion des personnels, matériels et projets des externes… pour 23 € en moyenne, soit 19 %).
Enfin, des charges de structure (comme des locations immobilières, des réparations sur biens immobiliers, des taxes foncières et autres impôts…) complètent ce tableau, et représentent près de 5 € par consultation, soit 4% du coût total.
 
Au final, donc, l’ensemble de ces charges indirectes concentrent 71 % (plus de 85 €) du coût moyen d’un acte ou d’une consultation réalisée en établissement hospitalier.
 
 

Des recettes très largement inférieures

 Les Retraitements Comptables ne font pas apparaître les recettes spécifiquement rattachables à l’activité externe. Cependant, nous pouvons essayer de les approcher en supposant, par exemple, qu’en moyenne, chaque consultation ou acte permet la facturation du tarif conventionnel de 23 € (tarif en vigueur en 2015).
 
Nous proposons de neutraliser les éventuelles autres rétributions, qui concernent en particulier l’imagerie, le laboratoire et les explorations fonctionnelles, en proposant l’équivalent des coûts relevés par l’ATIH sur ces trois types de charges. Pour 2015, cette somme s’établit à 29,93 €, que nous arrondirons à 30 €.
 
Au total, nous proposons de convenir d’une recette moyenne de 53 € par consultation et acte produit en établissement hospitalier pour des patients externes.
Cette estimation nous parait tout à fait plausible, la majorité de nos dernières missions sur ces thématiques mettant en évidence des recettes moyennes externes comprises entre 45 € et 60 € par consultation et acte.
 
Les comptes peuvent à présent être rapidement faits : entre 120 € de coût moyen et 53 € de recettes estimées, la perte moyenne par consultation ou acte externe peut être évaluée à - 67 €, soit plus du double de leur financement.
A nouveau et sans jugement, cet écart largement négatif est facilement compréhensible lorsque l’on considère que le tarif conventionnel, tout à fait comparable aux facturations pratiquées en cabinets de ville, couvre, finalement, la masse salariale des médecins pratiquant ces actes (pour rappel, 17 € en moyenne par consultation), et une partie de la masse salariale du personnel non médical travaillant directement dans les services externes (pour rappel, 17 € également). Par notre approche, qui neutralise le coût de l’imagerie, du laboratoire et des explorations fonctionnelles, toutes les autres charges ne sont donc aucunement financées par les recettes directes externes.
 
Cette situation pourrait ne pas être problématique si le volume des actes restait contenu, et que les autres financements (des séjours et des missions d’intérêt général) dégageaient une marge suffisante pour couvrir ce déficit. Comme nous l’avons évoqué en introduction, ce sont près de 77  millions d’actes et consultations qui ont été enregistrés par les établissements publics de santé en 2015.
 
Nous n’appliquerons pas « mécaniquement » le déficit moyen que nous venons d’expliquer. Nous préférons évoquer quelques cas particuliers que nous avons accompagnés récemment lors de la réalisation de leurs retraitements comptables. Ainsi, un centre hospitalier de grande taille a enregistré des recettes annuelles de 260 M€ et un excédent de 10 M€. Lors de l’élaboration de sa comptabilité analytique hospitalière, le coût total de ses activités externes MCO a été évalué à 22 M€, pour environ 122 000 actes et consultations réalisées. Le coût moyen unitaire s’est donc établi à 181 €. Du point de vue des recettes, un peu moins de 10 M€ ont été perçus (ticket modérateur compris), soit un « déficit » de - 12 M€, et 98 € par acte. On peut donc être globalement à l’équilibre, et cependant enregistrer un écart négatif important sur les activités externes. Cet exemple est illustratif des nombreuses analyses que nous menons depuis plus de 10 ans sur ce sujet.
 
 
 

Combien pour cette "vitrine" ?

Après les constats, viennent les réflexions et les pistes d’amélioration. Comme je l’indiquai plus avant, les médecins et décideurs hospitaliers considèrent souvent les consultations comme une porte d’entrée de l’hôpital. Nous proposons d’approcher la quantité de séjours qui pourraient être consécutifs à une visite préalable auprès d’un médecin hospitalier.
 
Pour cela, nous allons à nouveau nous servir de la Statistique Annuelle des Etablissements (SAE). Notre idée n’est pas de mesurer le flux précis des patients externes qui sont ensuite hospitalisés, mais d’approcher, en grandes masses, les volumes des différents types d’activité hospitalière.
 
Prenons par exemple les résultats validés de l’année 2016, pour la totalité des établissements publics et privés à but non lucratif, périmètre de départ de notre étude.
Nous proposons de rapprocher le volume des externes du nombre d’hospitalisations en court séjour, toutes disciplines confondues. Pour les premiers, ce sont très exactement 76 676 214 consultations et actes qui ont été déclarés par la totalité des établissements publics. Dans le même temps, 8 598 902 séjours ont été enregistrés en hospitalisation complète MCO et 3 131 816 en hospitalisation de jour (« ambulatoire), soit un total de 11 730 718 séjours. Nous estimons que les séances (au nombre de 8 166 141) sont à exclure de notre périmètre, car les patients admis en dialyse ou en radiothérapie ne nous semblent pas venir par les services externes a priori.
Ces deux premiers chiffres donnent déjà un premier aperçu : il est de 1 à presque 7. Dit en d’autres termes, les établissements publics et assimilés ont produit 6,5 consultations quand ils réalisaient un séjour en hospitalisation complète ou de jour.
 
Nous allons pourtant encore venir augmenter ce rapport. En effet, parmi les 11,7 millions hospitalisations recensées, la SAE montre qu’une partie est en fait issue des urgences. Ainsi, en 2016, 3 390 383 personnes ont été hospitalisées dans l’établissement suite à un passage aux urgences. Puisque nous parlions de « vitrine », nous proposons de considérer qu’elles n’ont pas bénéficié d’une consultation externe au préalable. Le nombre de consultations est donc à comparer non pas 11,7 millions de séjours, mais à 8 340 335 hospitalisations non entrées par les urgences.
Le rapport passe donc de 1 à un peu plus de 9. Exprimé explicitement, les établissements ont donc produits plus de 9 consultations lorsqu’ils accueillaient 1 séjour.
 
Un dernier chiffre : sachant que le coût de chaque consultation est en moyenne de 120 €, on pourrait presque dire qu’il faut mobiliser 1 080 € de charges consacrées aux externes pour réaliser un séjour. Or, notre pratique nous montre souvent que la recette moyenne par séjour se situe entre 1 300 et 1 600 €. Les consultations sont effectivement une porte d’entrée, une vitrine donc, mais une vitrine dont le coût est à discuter au regard des recettes ultérieures en hospitalisation.
 
 
Ce post s’est montré très chiffré, voire un peu froid et technique. Nous avons simplement souhaité attirer l’attention sur ce phénomène économique aujourd’hui péjoratif pour les établissements publics et privés à but non lucratif. La prise de conscience est un premier pas de compréhension et d’amélioration. Car, comme le soulignait très bien cet été Rafael Bengoa, directeur des Systèmes de Santé pour l’OMS – que j’ai eu l’honneur de rencontrer lors de rencontres fort marquantes autour des systèmes de santé aquitains et basques : « C’est simple : décideurs politiques, vous ne pouvez pas améliorer l'expérience des soins, la santé de la population et réduire le coût par habitant sans de bons soins primaires." [1]
 
 
 

Abréviations

ATIH     Agence Technique de l’Information Hospitalière
CRP      Compte de Résultat Principal
DIM      Département d’Information Médicale
DMS     Durée Moyenne de Séjour
ETP      Equivalent Temps Plein
HAD     Hospitalisation A Domicile       
MCO     Médecine Chirurgie Obstétrique
MIG      Mission d’Intérêt Général
RTC      Retraitements Comptables
SA        Section d’Analyse
SSR      Soins de Suite et de Réadaptation
 
 
 

Documentation

Ministère des Affaires sociales et de la Santé, « Comptabilité analytique hospitalière »  [+]
Agence Technique de l’Information Hospitalière, « Information sur les coûts »  [+]
 
 
 
 
Posté le 31 octobre 2017 par Nathalie L'Hostis
 
Pilar est spécialisée dans la formation, le conseil et le recrutement en contrôle de gestion et aide au pilotage hospitalier. Nos programmes sont spécialement conçus pour vous accompagner sur ces sujets. Nous vous recommandons particulièrement dans cette optique nos programmes suivants, spécialement conçus pour les investissements et le pilotage financier des établissements de santé :
 
 
 
 
 

Pour un modèle économique performant des Centres de Santé

Cet article a été publié dans le septième numéro de la revue spécialisée " Echos de la gestion hospitalière », édité en février 2016 par la Société de Gestion Hospitalière Tunisienne.
 
Pour plus de renseignements et commander ce numéro, cliquer ici  : [+]
 
 
La France possède un système de santé performant permettant un accès universel aux soins, qui fait que la quasi-totalité de la population française habite à moins de 15 minutes d’un médecin généraliste, d’un infirmier et d’un masseur-kinésithérapeute (1). Paradoxalement, la France fait partie des pays d’Europe où les écarts d’accessibilité aux soins sont les plus élevés.
 
Cet écart d’accessibilité est expliqué par des disparités d’accès aux soins en fonction du territoire pour les spécialités médicales et en fonction de la catégorie sociale qui peut entrainer un refus de soins des individus pour raisons financières.
 
Cette fragilisation de l’offre de soins et particulièrement celle des soins de 1er recours a été accentuée par la désaffection croissante pour l’exercice libéral isolé chez les professionnels de santé (médecins, dentistes, infirmiers…).
 
 

Pourquoi s’intéresser aux centres de santé organisés sous forme d’exercice groupé ou collectif ?

C’est dans ce contexte de réflexion autour des soins primaires que les formes d’exercice groupé ou collectif s’imposent comme les éléments principaux d’un ensemble de solutions à déployer pour remédier à cette problématique profonde.
 
Ce mode d’exercice groupé est représenté par deux principaux types de structures qui sont les maisons et les centres de santé. Le présent article s’attache à ces derniers car ils ont été l’objet d’un travail de mémoire réalisé par le Dr Youssef Ernez à HEC Paris, sous la direction de Nathalie L’Hostis. Le titre orignal de cette recherche soutenue en juillet 2015 fut : « Les structures d’exercice collectif et pluriprofessionnel. Quel modèle économique préconiser pour assurer la viabilité ? Cas particulier des centres de santé ».
 
Les centres de santé constituent la forme la plus ancienne de l’exercice collectif et peuvent donc être considérés comme les pionniers de ce type d’organisation car leur existence date du XIXème siècle. Au nombre de 1 220 (2) en France, ces structures sanitaires de proximité offrent des soins de premiers recours et des actions d’éducation thérapeutiques et d’intérêt général. Ils sont crées et gérés par des organismes tels que les associations, mutuelles, mairies, communes…qui emploient un personnel exclusivement salarié. Leur avantage « concurrentiel », qui les distingue des maisons de santé, réside dans la pratique de l’avance de frais et de tarifs maitrisés (secteur 1) qui sont les éléments principaux de leur identité.
 
En favorisant l’accessibilité financière et géographique à l’offre de soins primaires, les centres de santé occupent une place importante dans le Système de Santé Français qui a été confirmée à plusieurs reprises aux plus hauts niveaux de l’Etat. En effet, la Ministre de la Santé Marisol Touraine a affirmé en Février 2013 et Février 2014: « J’ai la conviction que les centres de santé sont l’une des réponses. Mon objectif est de déployer les actions confortant la place des centres de santé dans l’offre de soins ».
 
Financés presque exclusivement par l’Assurance-Maladie à travers le remboursement des actes dispensés par leur personnel, les centres de santé sont caractérisés par une fragilité financière qui, en l’absence d’actions concrètes et rapides, rend le risque de leur disparition réel.
 
 

Une méthodologie fondée sur l’analyse de la performance économique réelle d’un échantillon de centres de santé

C’est cette problématique financière qui nous a amené à rédiger un mémoire sur les structures d’exercice groupé et à mettre l’accent sur les centres de santé.
En effet, nous avons essayé, à travers ces travaux, d’approfondir la réflexion déjà initiée par différentes études sur le modèle économique des centres de santé décrit comme fragile.  
 
Afin de répondre à cette problématique, nous avons commencé par un rappel de la notion de soins primaires puis un inventaire de l’offre de soins en France pour ainsi évaluer le poids du mode d’exercice collectif en France.
 
Nous nous sommes penchés par la suite sur la définition des centres et maisons de santé et une description détaillée de leur mode de fonctionnement.
 
Au delà de ces aspects théoriques, nous avons porté une attention particulière à l’analyse pratique du modèle économique des centres de santé à travers l’étude de plus de 170 rapports d’activités et de 23 comptes de résultat de structures répartis sur le territoire Français.
 
 

Des résultats majoritairement déficitaires, tant en raison des charges que des recettes et de l’organisation

Nous apprenons à travers l’analyse de ces données, que sur un échantillon homogène de 118 centres, les recettes de ces centres varient entre 77 286 et  14 034 059 euros.
 
Par rapport aux résultats financiers de ces centres (Recettes – Dépenses), nous constatons que 73 de ces structures sur un total de 118 sont déficitaires (61%) avec un déficit qui varie entre - 12 euros (0,001 % des recettes) et - 2 010 000 euros (18% des recettes) !
 
Les résultats négatifs de ces centres nous ont interpellés et ont justifié pleinement l’intérêt d’étudier de plus prés le modèle économique de ces centres. Ainsi nous avons procédé, dans un premier temps, à une analyse de l’organisation de l’activité de ces centres pour essayer de comprendre leur gestion des ressources (ratio superficie/ETP, ETP dentistes/ Fauteuil dentaire, Nombre de praticiens/ETP : turn-over, Personnel Administratif / Professionnels de santé) et identifier les facteurs aboutissant à ce déficit puis dans un deuxième temps, nous avons effectué une analyse approfondie de leur structure d’exploitation pour ainsi voir la cohérence entre les dépenses et les recettes, mettre en évidence les facteurs à l’origine de ces résultats négatifs et identifier les leviers qui permettront une amélioration de la situation.
 
Ainsi, nous apprenons que les charges élevées au niveau de ces centres sont constituées de charges salariales à raison de 70% à 80% et que ces charges ne sont pas couvertes par les ressources qui sont très insuffisantes de par la faiblesse des prix pratiqués (secteur 1) et le manque de subventions constantes et importantes. Ces contraintes concernent la plupart des centres. Elles sont à l’origine de cette situation économique ardue et laisse à penser que l’avenir de certains est « incertain ».

 

Des axes d’amélioration possibles, par des mesures opérationnelles et des actions stratégiques

Pourtant, certains centres mutualistes présentent une situation équilibrée voire excédentaire et sont la preuve que malgré les difficultés rencontrées par ce modèle, l’équilibre est atteignable avec la mise en place de certaines bonnes pratiques composées à la fois de leviers opérationnels et d’autres stratégiques.
 
Parmi les leviers opérationnels identifiés nous citerons:
- L’élargissement des horaires d'ouverture
- L’augmentation du taux d’occupation des cabinets et du taux de remplissage des plannings
- La délégation de tâches pour dégager plus de disponibilité aux médecins sur des actes à valeur ajoutée
- L'amélioration du coût du tiers payant et de la gestion des factures
 
Concernant les recommandations stratégiques, nous citerons:
- L’amélioration de la communication vers le grand public
- Le changement de modèle de management des ressources humaines (rémunération de la productivité)
- Un pilotage plus approfondi de l’activité avec l’utilisation d’outils simples et très efficaces comme les tableaux de bord, la réalisation d’un diagnostic territorial (analyse de l’offre et de la demande en soins) et l’utilisation d’un prototype économique (Business Plan) avant tout projet de création d’un nouveau centre
- L’application de la méthode du Balanced ScoreCard Review
 
L’application de ce type de recommandations devrait permettre l’amélioration de la situation des centres déficitaires et la consolidation de celle des centres bénéficiaires.
 

 

Un nécessaire soutien de la part des tutelles et des mécanismes de régulation

 
Les leviers économiques proposés ne suffiront certes pas à répondre de manière efficace et durable à la problématique profonde de l’incohérence entre les dépenses et les recettes. En effet, la nécessité de réduire les dépenses en contenant la rémunération des médecins, et l’augmentation du chiffre d’affaires à travers la  hausse de la productivité de ces derniers, ne peut que fragiliser l’organisation des centres à plus long terme et entrainera à la longue le désengagement des médecins qui préféreront partir vers d’autres structures comme les maisons de santé.
 
Les recommandations émises dans ce mémoire doivent ainsi être complétées par des efforts importants des autorités de tutelles dans une logique de participation plus active à la pérennité du modèle économique de ces structures.
 
C’est dans ce contexte que des solutions telles que la réduction des charges salariales, l’augmentation des subventions et la revalorisation des actes… peuvent apporter une marge de manœuvre à ces structures. Cette marge de manœuvre donnera aux centres de santé les moyens nécessaires pour continuer à innover et à s’adapter aux besoins de la population.
 
Par ailleurs ces recommandations doivent être portées par des équipes de management qualifiées et dotées des outils nécessaires.
 
C’est dans ce contexte que les Agences Régionales de Santé se sont engagées en 2012 (3) au côté des gestionnaires des centres pour les accompagner dans l’optimisation de leurs organisations et les modalités de fonctionnement de leurs structures à travers le mise à disposition d’outils de gestion et de management. 
 
Enfin, pour généraliser le déploiement de ces solutions il est nécessaire de se doter d’un organisme unificateur à l’échelle nationale.
 
 
 
C’est en consolidant la situation économique de ces structures et en les développant à plus grande échelle que nous pourrons faire progresser leur poids au niveau de l’offre de soins nationale comme cela est le cas dans les autres pays européens : scandinave et anglo-saxons.
 
Les premières expériences en matière de soins de santé de premier recours, qui ont commencé depuis plusieurs années, sont arrivées à la conclusion que les structures d’exercice collectif sont la meilleure réponse aux attentes exprimées par les patients d’une part et celles des praticiens qui développent une crainte de l’isolement, particulièrement dans les zones rurales et souhaitent pratiquer une médecine coordonnée et partagée avec d’autres professionnels dans le cadre de structures d’exercice collectif. C’est dans ce sens que la Confédération des Syndicats Médicaux Français (CSMF), par la voix de son président le docteur Michel Chassang, considère qu’ « un médecin sur deux est isolé dans son cabinet. Cet isolement n’est ni bon pour lui, ni pour les patients qui font souvent des kilomètres pour se soigner […] Il faut inventer un modèle économique. Le médecin responsable du cabinet doit devenir un chef d’entreprise. La médecine de ville doit passer du stade artisanal au stade entrepreneurial ».
 
(1) INSEE. Offre de soins de premiers recours : proximité ne rime pas toujours avec accessibilité. 2012.
(2) IGAS. Les centres de santé : Situation économique et place dans l’offre de soins de demain. Juillet 2013.
(3) ARS. Accompagnement des centres de sante, dans l’amélioration de leur organisation et de leur viabilité économique. Octobre 2012.
 
Article co-écrit par :
Dr Youssef ERNEZ, Diplômé de la Faculté de Pharmacie de Monastir et d’HEC Paris
Nathalie NARP- L’HOSTIS, Directrice / CEO Pilar
 
Posté le 7 mars 2016
 
Pilar vous offre de pouvoir télécharger ce post (au format pdf) en cliquant ici [+]
 
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Les consultations médicales en France [Infographie Pilar]

Le saviez-vous ? Le premier poste de remboursement de l'Assurance-Maladie est consacré aux soins de ville, avec près de 80 milliards d'euros et 45 % de l'Objectif National des Dépenses d'Assurance-Maladie (ONDAM) en 2013.

Les établissements publics de santé, bien qu'ayant une mission première d'hospitalisation, réalisent aussi une part importante de leur activité de façon externe et "ambulatoire". Par exemple, 40 millions de consultations médicales externes y ont été déclarées en 2013 (source : Statistique Annuelle des Etablissements (SAE). Or, dans nos missions d'accompagnement (particulièrement celles relatives à la comptabilité analytique et aux analyses de coûts), nous constatons régulièrement que l'activité réalisée pour les patients externes contribuent à dégrader les résultats économiques de ces structures. Il n’est pas rare de les voir expliquer 30 à 50 % du déficit de certains centres.

Face à l'ampleur du phénomène, nous avons jugé utile de donner quelques repères autour de ces actes. Aussi parce que nous pensons que l'avenir est déjà là : celui d'une médecine à la fois humaniste et experte, organisée autour de compétences et de plateaux techniques pointus, mais aussi fortement ambulatoire au sens le plus premier du terme (i.e le patient entre et sort dans la journée). Chronicisation des pathologies, allongement et fractionnement des prises en charge, augmentation de la population en partie liée à la croissance de la durée de vie : la question de l'organisation et de l'équillibre économique de ces activités se pose chaque jour un peu plus aux établissements hospitaliers.

Convaincus que les tensions économiques ne sont pas pas inéluctables, en premier lieu, parce qu’elles sont expliquées par des structures de coûts tout à fait particulières et identifiables, Pilar aide les établissements à poser les diagnostics économiques appropriés et à identifier des solutions d’amélioration atteignables.

Nous proposons également un programme de formation court (1 journée) et exclusif sur ce sujet "Evaluer et optimiser le coût des actes des patients externes", détaillé ici [+]. Il est réalisable sur site, chez vous, à vos dates.

Pour plus d'information, nous vous invitons à nous contacter par téléphone (33.(0)1.73.02.34.30) ou par mail contact@pilar-institute.com.

 

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