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Obamacare : et si l'expérience française inspirait les Etats-Unis ?

 

C'était il y a une semaine : lors d'un dîner avec un ami américain, nous abordames assez rapidement nos actualités professionnelles : lui dans le transport aérien, moi - française - dans la gestion hospitalière. A priori deux mondes qui n'ont pas grand chose à voir. 

Et pourtant, l'un de nos premiers et rapides sujets de discussion allait porter sur ce que j'ai compris être une vraie révolution culturelle en cours aux Etats-Unis : je veux parler d' "Obamacare", dans te le texte "Patient Protection and Affordable Care Act".

 

Mais revenons un peu en arrière pour expliquer mon comportement et mon étonnement (dans la mesure où je m'estime plutôt bien informée sur les sujets d'organisations hospitalières) : nous sommes en 2008. J'effectue à titre professionnel un déplacement aux Etats-Unis qui me conduira de Boston à New-York. Des visites de structures sont prévues, avec pour thématique majeure l'expérience américaine en matière de chirurgie ambulatoire. Nos interlocuteurs - Ah ! l'Amérique ... - sont tous chaleureux, attentionnés, enthousiastes et férus d'affaires et de nouvelles technologies. Cette semaine d'échanges permit aussi de rencontrer des institutionnels (CCI Française, Ubifrance ...) à la fois analystes et attentifs au nouvel arrivant à la Maison Blanche : je veux parler de Barack Obama. 

 

Car dès le début de sa première mandature, il fut question de l'accès aux soins. Et ce que je retins en 2008, ce sont deux chiffres principaux : 40 millions d'américains (l'équivalent des deux tiers de la population française !) n'ont pas de couverture sanitaire, et une faillite personnelle sur deux est consécutive à l'impossibilité de régler des factures de santé. La crise n'avait, en plus, pas encore commencé ...

Je reste donc sur cette idée de française que, oui, il est licite et important de se (re)poser la question de la prise en charge des citoyens américains, quelle qu'en fût la manière. 
Je suivis de loin les débats politiques. Je compris bien le combat et les différences sociales et culturelles qu'ont fait surgir ce dossier. Et le cheminement, les concessions faites aux uns et aux autres pour arriver ce 30 mars 2010, à la promulgation de cette loi historique. La frénésie internet, réseaux sociaux, télévisuelle et autres a bien sûr fait remonter tous les avatars et pièges de sa laborieuse mise en place, insistant surtout sur les conséquences politiques pour Barack Obama.

 

Alors ce dîner fut le temps de se retirer de cette "superficialité" d'informations pour revenir aux fondamentaux : mais finalement, que contient cet "Obamacare" ?

Très synthétiquement, les dispositions permettent de garantir une couverture santé à plus de 30 millions d'Américains qui en sont dépourvus. La plupart des citoyens a désormais l'obligation de s'assurer, sous peine de se voir infliger une amende. Des subventions sont prévues pour aider les ménages à bas revenus.

Et c'est à la lecture des principales mesures que je comprends ce rapprochement osé entre nos deux systèmes que m'a suggéré mon ami américain. Ainsi, les assureurs doivent désormais accorder le même niveau de protection, au même tarif, au niveau national, à tout client de profil similaire (âge, sexe, lieu de résidence). Ca ne vous rappelle rien ?

Et çà ne s'arrête pas là : Medicaid est étendu, est prévue la mise en place du Health insurance exchange où chaque état doit organiser un marché régulé des assurances qui sélectionne des contrats privés particuliers, mise en place aussi d'un Health insurance mandate, sorte d'obligation d'assurances, nouvelles dispositions et structures pour évaluer les médicaments et dispostifs etc ...

Une loi historique et très large, donc. 

 

Et des réactions aussi nombreuses que contrastées : on ne touche pas aux restrictions interdisant l'utilisation de fonds fédéraux pour les interruptions de grossesse, les ménages aisés sont mécontents d'avoir à payer plus, des premières études montrent que les moins riches voient leurs revenus globaux augmenter ... Les professionnels libéraux qui enregistrent les plus grandes recettes rejettent la loi, craignant une chute de leurs revenus. Hôpitaux publics et médecins généralistes devraient plutôt être bénéficiaires de ces nouvelles dipositions. "That's now social medecine, as you do in France", me dit mon ami ... Quel résumé ! De là à dire que les institutionnels américains seront intéressés par notre bilan de 10 ans de tarification à l'activité version assurance-maladie, que les médecins libéraux d'outre-atlantiques vont se poser des questions proches de leurs homologues français ... Qui sait : de futures opportunités d'échanges et d'amélioration ! On appelle cela le cross-over ...

 

Posté le 31 janvier 2014 par Nathalie L'Hostis

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